Nina Bernagozzi
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La cuisine, cet éspace de l’entre-nous,...
























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Bilan émotionnel











extrait de l’édition Palabres, série de quarante dessins / encres de chine sur nappes de papier / 80 cm de diamétre / 2016





















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Émulsion Mayonnaise






















Émulsion / poster A3 recto-verso / 2015








C’était toute l’élégance que j’avais imaginé, contenue à cet instant jusqu’au bout de ses doigts éminçant l’ail.

Dans cet cuisine sans fenêtre, mais vue sur Lune.

Cet espace de l’entre-nous, où la seule exigence est dans l’ouverture.



Il n’y a qu’en mouvement que tu es bien, que tu es toi.



Il était tard, un peu paumé, se disait qu’il ne lui restait pas longtemps pour se dire qu’il aurait fait quelque chose.

Mais tout de même, quel plaisir il avait à déambuler dans l’anarchie de sa vie voilée.

Il respirait l’intelligence, adroit, sauvage. Je sentais un instinct plus fort que tout émaner de lui,

Mais il  semblait impossible de savoir si il n’était régi que par ça ou si, au contraire, il s’en méfiait plus que tout.



Alors le mouvement ne s’arrêtant pas, la démarche fluide, il avance.

Je le suis, espérant trouver réponse à cette urgence sans motif.



À l’origine de ce diner, un aïoli, sollicitation pour mon imaginaire : créer ensemble pour émulsionner.

Toute l’énergie concentrée en ce lieu surexposé, le bol de faïence jaune à mayonnaise aillé prenaient forme,

Une chimie photo-sensiblement amoureuse.

Inventant une permanence de suspens du désir, un souffle en constante révolution.

Le jeu était lancé, mais les règles ne s’établissaient que par d’immersifs micro-événements qu’il fallait

déceler dans cet aveuglement.

Il savait que la véritable efficacité est toujours discrète et silencieuse.



Il est libre, je comprends qu’il n’y a qu’en mouvement que l’on est bien.



Étions-nous capable de trouver une synchronicité de nos sentiments?

Une cadence, un timing, sans personne pour indiquer le la.

Là, devant ce bol de mayonnaise, pouvions-nous nous faire confiance?



Émulsionnons!



Intimité et croyance, pour que les forces en puissance veulent bien faire corps.

La mayonnaise est inratable pourvu que l’on ait assez d’ingrédients.

Chimiquement, l’émulsion, est toujours à portée de mains, rattrapable.



Continuer toujours à mélanger, car il n’y a qu’en mouvement que l’on est bien.



Les lumières changeaient sans cesse, nous étions en dehors et contenus au centre de cette faïence,

En tant que deux corps antinomiques, hétérogènes par nature, l’huile et l’eau.

Deux astres, deux phases.

Contre-nature, nature humaine contradictoire, l’émulsion est un mélange intime de ces deux liquides non miscibles.

Mélange discret, macroscopiquement homogène, microscopiquement hétérogène.

S’imprégner de l’autre en restant soi, liberté en mouvement.



Bats, bats encore!

Ça monte!



L’une des deux phases, se dispersant sous forme de fines gouttelettes dans l’autre.


La Lune couchée, Le Soleil levé, l’Aïoli avalé, une autre journée commençait.

Une nouvelle émulsion à inventer, différente, celle-çi d’une couleur qui durerait.

Un mélange qui restera stable, grâce au troisième ingrédient, l’émulsifiant, quasi-nul en physicalité,

Infra-mince en matière, composé uniquement de vitesse d’évolution du mélange.

Cadence, diapason pour nous deux, le la qui permet de reprendre un nouveau départ sur la portée.



L’écho discret de la note ne doit jamais se perdre.

Le temps agissant sur tout, malgré la fatigue du poignet constamment sollicité si le mouvement s’arrête,

L’émulsion s’évanouit, l’huile plus légère que l’eau, remontera à la surface, et ils se sépareront à nouveau.



Se perdre dans l’autre, sans s’oublier soi-même, être attentif à toutes ces variations sensibles du paysage,

Comme lorsque l’on surveille la chaleur monter dans les légumes sur le feu,

Mélanger pour ne pas brûler.




Ensemble dans cette cuisine, cet espace de l’entre-nous, où la seule exigence est dans l’ouverture;

Car il n’y a qu’en mouvement que l’on est.























































































© Nina Bernagozzi-2019 / Cannot be used without permission.